Nous avons vu depuis plusieurs années que les pays dépensent de plus en plus d’argent pour organiser les Jeux Olympiques. Ils construisent beaucoup plus d’installations que par le passé, et de tailles immenses. Ils font cela souvent pour affirmer leur puissance. Mais toutes ces constructions ont des impacts écologiques importants. L’exemple le plus marquant et le plus récent sont les Jeux d’Hiver qui se sont déroulés à Sotchi en  2014.

SOTCHI 2014 : UNE CATASTROPHE ECOLOGIQUE.

http://www.notre-planete.info/actualites/3952-jeux-olympiques-Sotchi-environnement

Quand Jacques Rogge a annoncé que la ville de Sotchi allait organiser les JO d’hiver de 2014, le 4 juillet 2007, cette ville avait un projet en béton notamment au niveau des disponibilités économiques : Sotchi possédait un budget record de 36 milliards d’euros. Pourtant cette désignation fit débat car Sotchi est une station balnéaire qui n’est pas réputée pour avoir des pistes de ski. Pour preuve, cette ville se situe au bord de la Mer Noire !!! Donc pour l’occasion, un village olympique et des pistes de ski ont dû sortir de terre à Sotchi. Le budget prévoyait donc un grand coût pour l’organisation  mais le coût pour l’environnement, qu’en était-il ? 

 

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1.1 Le climat subtropical paradoxal de Sotchi

D’habitude, quand une ville organise les JO d’hiver, on s’attend à voir une ville qui a un climat très froid, qui possède beaucoup de pistes de ski. Mais quand on observe les caractéristiques de la ville de Sotchi on voit que ce n’est pas le cas. Tout d’abord, on peut observer quand on cherche Sotchi sur une carte, que cette ville est située au bord de la Mer Noire et qu'elle possède un agréable climat subtropical. Même si cette ville est située à proximité du majestueux Caucase qui offre des terrains propices aux jeux d'hiver, Sotchi est en fait une station balnéaire où les températures ne descendent pas en dessous de 0°C. Elle a des températures moyennes, en février qui vont de 3°C la nuit à 10°C. Pourtant, pour les jeux d'hiver, il est très important d'avoir une température moyenne suffisamment basse pour qu'il neige et que cette dernière ne fonde pas.

 

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Donc, vu que le climat n’était pas assez froid pour qu’il neige, les Russes avaient décidé de mettre de la neige artificielle mais aussi un peu de neige naturelle. Pour être sûr d’en avoir, les organisateurs ont fait appel à des spécialistes qui ont décidé de stocker cette neige naturelle et artificielle dans les montagnes du Caucase. C’est donc au printemps 2013, puis de nouveau en décembre de cette même année, que 700 000 m3 de neige ont été entassés et stockés. Toute cette neige a été stocké sous des bâches en tissu géotextile et des couvertures isolantes qui ont formé quatorze "collines" de plus 1100 mètres d'altitude. Ces stocks étaient placés sous un revêtement géotextile. Une fois mouillé, ce revêtement gardait le froid grâce à l'évaporation, comme dans une machine frigorifique. L'autre type de couverture, composée de polymères expansés (plastique) de 2 à 4 centimètres d'épaisseur et placés entre deux feuilles d'aluminium, isolait la neige tout en réfléchissant les rayons du soleil.

Mais pourquoi avoir stocké autant de neige car ces stocks ne sont là qu’en assurance. Il y en a plein qui n’allait pas servir et donc à quoi ont-ils servi ?  En plus, ces stocks n’étaient pas installés à des endroits stables, d’ailleurs, certaines personnes qui travaillaient dans le domaine écologique comme Suren Gazaryan, de l'association environnementale locale Veille écologique du Caucase du Nord (EWNC) se sont inquiétés : « Concentrées sur des petites surfaces, ces collines sont situées sur des pentes tout à fait instables d'un point de vue géologique, la fonte facilitera les glissements de terrain et les coulées de boue. ». Et cette personne n’avait pas tort car selon RosNedra, l'agence fédérale de l'utilisation du sous-sol, au moins douze sites ont subi des glissements de terrain, coulées de boue, phénomènes d'érosion ou d'effondrement dus à la préparation des JO.

1.2 Le prix des JO de Sotchi : des destructions écologiques majeures

Pour implanter les JO dans cette région, il a fallu transformer tout le paysage de Sotchi avec notamment la construction de plus de 400 km de route, 70 ponts, et 12 tunnels. Mais forcément, la construction de toutes ces installations à partir de rien ne peut pas être sans aucun impact sur l’environnement. 

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La création à partir de zéro de la station de ski de Rosa Khutor, qui accueillera les épreuves de ski alpin et de snowboard a coûté à elle seule 1,8 milliard d’euros – soit plus que le budget total des JO de Vancouver en 2010.

 

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Le chemin de fer et l’autoroute construits pour les JO

Toutes ces installations olympiques (hôtels, salles pour sport de glace, …) ont été placées sur des espaces naturels (réserves naturelles ou parcs nationaux) magnifique et qui étaient censé être protégé. La construction d’un aéroport en plein milieu d'un espace naturel fantastique est la preuve que ces sites ne sont pas si bien protégés que cela. Cette ville a donc subi de nombreux changements car la plupart des espaces verts du centre ont été détruits pour laisser la place entre autres à plus de 41 000 chambres d'hôtel. 

Pourtant, si on c’était fié aux « Jeux en harmonie avec la nature » du Comité olympique qu’on pouvait consulter sur le site officiel de Sotchi 2014, on aurait pu croire que la Russie allait faire des efforts. En effet, les organisateurs avaient préparé un programme qui montrait en quelques points leur stratégie de protection de l’environnement pour l’avant JO, pendant la compétition et même une fois les Jeux terminés : 

  • Le choix des emplacements des sites Olympiques n’a pu être opéré que dans lerespect des principes de développement durable et de protection de l’environnement.
  • Des dispositions ont été prises pour que les déchets soient traités.
  • une politique de gestion de l’eau a dû être mise en place, eau qui a dû d’ailleurs être préservée de toute source de pollution
  • les espaces verts déjà existants ont dû être agrandis,la faune et la flore préservées
  • Etc.

Sotchi a même participé à la Campagne pour un milliard d’arbres de l’ONU en 2010. Certains membres du CIO comme D. Kozak, membre russe du CIO était enthousiaste sur la promesse faîte par la Russie sur le développement durable. Il disait que « la Russie a promis de préserver et de promouvoir l’écosystème de la ville et d’introduire des normes et des technologies de développement durable. Nous pouvons dire aujourd’hui, au moment où le projet de modernisation de la région et la préparation aux Jeux olympiques touchent à leur fin, que la Russie respectera pleinement ses engagements ».

Les Russes avaient donc promis de faire du développement durable avec les Jeux Olympiques. Ils avaient même promis de reproduire le même écosystème qu’il y avait avant Sotchi.

Les organisateurs avaient même prévu de réhabiliter les zones naturelles qui ont été perturbées dès la clôture des Jeux. Encore mieux : il a été prévu de développer les zones naturelles protégées de Sotchi. Cela devait passer par :

  • la création d’un parc ornithologique dans la vallée d’Imeretinskaya ;
  • un programme de réintroduction du léopard perse ;
  • l’agrandissement du parc naturel de Sotchi ;
  • de nouvelles infrastructures scientifiques et à visée éducatives dans la Réserve de biosphère du Caucase…

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Mais bien sûr, du côté des militants écologiques, on ne croit évidemment pas une seconde que les JO ont rempli leurs objectifs. Selon les ONG qui se sont penchées sur ces Jeux, tout ça n’est que du greenwashing. Par exemple un spécialiste des zones protégées de Greenpeace explique que, « cela n’est que du greenwashingIl est impossible de reproduire le même écosystème. Les conditions naturelles originelles et complexes ont été transformées ».

Pour Hervé Lethier qui est un spécialiste des questions liées au vivant et consultant entre autres pour le Pnue et l’Unesco, vouloir faire du développement durable avec les Jeux Olympiques est un non-sens. Il insiste sur le fait qu’« à l’occasion de l’organisation d’un événement ponctuel, qui dure deux semaines, on produit des effets à long terme, qui modifient profondément le contexte. ». Et donc, ce n’est pas avec un programme de préservation ni même l’application à la lettre des 80 mesures recommandées par le Pnue au gouvernement russe qui préservera l’environnement. Certains dommages sont tout simplement irréversibles.

 

1.3. Sotchi, les jeux les plus polluants de l'histoire

Des montagnes de déchets

Ces Jeux ont aussi été les plus polluants de toute l’histoire des Jeux Olympiques car  des tonnes de déchets ont été rejetées en pleine nature dans des décharges à ciel ouvert, qui sont devenues gigantesques avec l’accumulation de déchets. Ils ont été placés sous forme de montagnes qui atteignirent parfois 900 mètres de haut ! Tous ces déchets non contrôlés ont contribué à la pollution de l’air et des eaux, notamment la nappe phréatique. Et en plus de polluer, ces décharges qui stockent tous les déchets sont illégales.

 

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http://www.coulisses-tv.fr/index.php?option=com_k2&view=item&id=2890:replay-les-jo-de-sotchi-vus-par-“le-petit-journal”%2c-épisode-2-les-expropriations-vidéo&Itemid=396 : Après une décharge à ciel ouvert à quelques kilomètres de la ville lundi, Martin Weill s’est intéressé hier aux expropriations de plus d’une centaine d’habitants dues à la construction des infrastructures. (Replay Les JO de Sotchi vus par “Le Petit Journal”, épisode 2 : les expropriations)

 

1.4. Les militants écologistes réprimés, considérés comme des terroristes

Face à ces débordements, et cette catastrophe écologique, des militants écologistes, comme Vladimir Kimaev qui est un opposant municipal à Sotchi, se sont battuent. Mais leur combat n’a pas été bénéfique. Pour Kimaev : "Le gouvernement nous prend pour des extrémistes et tente de nous discréditer". Certains de ces militants sont même condamnés par la justice, le cas d’Evguéni Vitichko en est un exemple. Ce dernier, qui est membre de l’association régionale de défense de l’environnement du Caucasse du nord, s'apprêtait à publier un rapport accablant sur l'aspect écologique des Jeux olympiques de Sotchi. Et comme par hasard, juste avant la publication de ce rapport il a été condamné à trois ans de camp, car il était accusé d’avoir dégradé une clôture autour de la résidence du gouverneur de la région. 

1.5. Un massacre environnemental qui sera rentabilisé ?

Pour compenser cette organisation des JO, le Kremlin a essayé de rentabiliser ses investissements en organisant le G8 et de nombreuses compétitions sportives. Toutes ces installations, vont et ont déjà commencé à désenclaver, stabiliser et développer le Caucase qui était une région abandonnée depuis de longues années et qui subissaient des tensions géopolitiques et religieuses. Mais par contre au niveau environnemental, il n’y a eu aucune compensation, et c’est bien dommage, encore une fois l’aspect économique est privilégié. 

Le président du Comité international olympique (CIO) Thomas Bach a salué le dimanche 23 février le "rôle important" joué par Vladimir Poutine dans l'organisation de "super Jeux (...) Ce soir, nous pouvons dire : la Russie a tenu toutes ses promesses".

Le dernier jour des Jeux de Sotchi, alors que ces Jeux avaient été entachés par beaucoup de polémiques, sur l’organisation ou l’écologie entre autres, Thomas Bach, président du CIO, a donc félicité Vladimir Poutine pour son « rôle important » dans l’organisation de « super Jeux ». Pour lui « la Russie a tenu toutes ses promesses ». Aujourd’hui, cela ne choque plus personne d’organiser des grandes compétitions sportives dans des milieux impossibles et où cela pousserait à un massacre écologique. Les décideurs et les responsables politiques sont pourtant conscients de ces catastrophes écologiques mais ils ne font rien, il n’y a rien qui change. Cela prouve leur hypocrisie et leur irresponsabilité criminelle.
Et pourtant, il y a à peine 10 ans, le Comité international olympique (CIO) avait reconnu officiellement l'environnement comme la troisième dimension de l'Olympisme, aux côtés du sport et de la culture. Le CIO déclaré même au côté du Programme des Nations Unies au sujet de l'environnement que "les questions environnementales font aujourd'hui partie intégrante du processus d’évaluation et de sélection des candidatures... ». Pour preuve, en 1994 lors du Congrès olympique du Centenaire, le Congrès de l'Unité, qui était organisé à Paris, le CIO avait avoué que l’environnement et le développement durable étaient très importants. En 1996, le CIO a même introduit un paragraphe sur la protection de l’environnement dans la Charte olympique. Dans cette charte il est écrit que le rôle du CIO est "d’encourager et soutenir une approche responsable des problèmes d’environnement, de promouvoir le développement durable dans le sport et d’exiger que les Jeux Olympiques soient organisés en conséquence" (Charte olympique 2013, Chapitre 1, Règle 2, paragraphe 13).

Les Russes ont donc décidé d’organiser les Jeux Olympiques (JO) d'hiver dans une station balnéaire où poussent des palmiers, au détriment de l'environnement. Même si cette désignation a fait polémique, cela n’a pas empêché 88 pays de participer à ces Jeux malgré les dégâts irréversibles de cette artificialisation à outrance et les arrestations arbitraires des défenseurs des droits de l'Homme et de l'environnement qu’a subit cette ville.